Bloody sunday, dimanche sanglant pour l'Irlande

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Ana
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Bloody sunday, dimanche sanglant pour l'Irlande

Message par Ana le Jeu 22 Sep 2011 - 16:14





L’appellation de « Bloody Sunday » résonne aux oreilles des fans de rock et surtout du groupe U2. Mais cette chanson éponyme est née d’un fait dramatique que je vous propose d’explorer un peu…

Nous sommes à la fin des années 60 et en Irlande du nord, toujours sous domination anglaise, la discrimination contre les catholiques bat son plein. Pourquoi ? Et bien pour commencer parce que les nationalistes républicains qui rejettent la couronne anglaise sont avant tout des catholiques et inversement… Ensuite parce que cette scission qui existe depuis l’ère des guerres européennes de religion entre catholiques et protestants semble figée en Irlande du nord, nullement adoucie par la fondation de l’Eglise anglicane par Elizabeth 1ere. Cette part de l’Empire Britannique, la seule qui subsiste encore de nos jours en dehors de l’îlot anglais, reste le détenteur d’une mémoire collective d’opposition religieuse.



Drapeau Irlande du Nord



Accentuée par le désir évident que ressentent les Irlandais du nord d’obtenir leur liberté, comme leurs parents du sud du pays et comme bien des anciennes colonies anglaises. Rappelons que la colonisation avait octroyé 90% des terres irlandaises à des colons anglais, réduisant le peuple autochtone à une misère absolue qui en poussée beaucoup vers l’Amérique… Des mouvements nationalistes ont toujours existé depuis les premières campagnes de conquête au 12e siècle. La séparation de l’Irlande en deux états, un indépendant et un anglais eut lieu à la faveur du conflit de la première guerre mondiale. Une révolte civile permit la tenue d’un référendum et le Parlement dû signer le Traité anglo-irlandais qui partagea l’Irlande du nord et l’Etat libre d’Irlande.





Cette division a satisfait une partie des insurgés mais les autres poursuivent la lutte sous forme de terrorisme d’autant que les catholiques irlandais du nord (majorité) sont victimes de vendetta de la part des protestants souvent d’ascendance anglaise, sans oublier les limites imposés quant aux droits de vote, d’aides publiques au logement…

Face à cela, l’Association nord-irlandaise pour les droits civiques met en place une campagne non violente afin de promouvoir l’égalité entre catholiques et protestants. Les manifestations déplaisent et les participants sont même victimes de brimades voir attaqués par la police royale de l’Ulster. De fait, la colère monte. En 1969, les résidents catholiques du Bogside (banlieue pauvre de Derry, la seconde ville la plus importante de l’état après Belfast) érigent même des barricades pour empêcher la police d’accéder à leur zone, ce qui entraîne des émeutes sur 3 jours. Comme la police est incapable de mettre fin au bazar, le gouvernement anglais d’Irlande du nord envoie l’armée. Considérée comme neutre, cette dernière va très vite entamer une autre facette des violences : en 1971, toujours dans le Bogside, deux émeutiers, Seamus Cusak et Desmond Beattie sont abattus dans des conditions suspectes. Les rares membres irlandais du Parlement Anglais ont d’ailleurs quitté les lieux en signe de protestation.
L’escalade de violence est dès lors inévitable. On arrête et enferme sans procès, les marches et les défilés sont interdits, toutes, mêmes celles commémorant des festivités. Dans toute cette partie nord du pays, des faits, des incidents prouvent que les forces de l’ordre abusent de leur autorité : arrestations, internements, exécutions… La mi-décembre 1971 se teinte de sang : l’armée tire à vue (1932 cartouches) pour répliquer à 180 bombes artisanales… Mais les civiles ne sont pas les seuls à chercher la bagarre pour leur liberté. Une armée officielle d’Irlande du nord a été créée, constituée de nationalistes et elle tue des soldats britanniques. Cette armée a même établi une zone de non-droit pour leurs ennemis en uniforme, à Derry. Même les blindés ne peuvent y accéder à cause du grand nombre de barricades installées. Cette première forme de l’IRA (qui deviendra un groupe terroriste par la suite) tient à se battre jusqu’à épuiser l’adversaire. Des bombardements sur des installations, des locaux officiels britanniques sont quotidiens et orchestrés avec du matériel de fortune.





Cela dure depuis des mois donc quand, en janvier 1972, l’Association nord-irlandaise pour les droits civiques décide, malgré l’interdiction, d’organiser une marche pacifique ) Derry justement.




Les autorités ayant été dûment informées, la manifestation est d’abord tolérée mais elles souhaitent l’empêcher d’atteindre la fin de son trajet, le « Guidhall » ou la mairie de Derry.


Qui veut des bouchers ? Qui ??



Des parachutistes ont même été dépêchés sur place, en renfort.
La marche a donc suivi son tracé comme prévu et obliqué lorsque les dispositifs les ont visiblement empêché d’atteindre le « Guidhall ». Mais un groupe d’adolescents s’est entêté et a attaqué la barricade britannique à coups de pierres. En réponse, gaz lacrymogènes, canons à eau, balles en caoutchouc mais on découvrira ensuite que des balles réelles sont tirées tandis qu’un sniper de l’IRA répond à sa manière. La décision tombe : le commandement exige que les parachutistes en renfort se mettent en marche, avec ordre de tirer à balles réelles. La première victime est Jackie Duddy, 17 ans, tué alors qu’il fuyait avec le reste de la foule, abattu dans le dos. C’est une guerre qui s’enclenche.



Le corps de Jackie Duddy






la bannière des droits civils ensanglantée... no comment !

L’ordre de cesser le feu a beau avoir retentit, une bonne centaine de cartouche est tirée sur la foule, douze personnes sont tuées, quatorze sont gravement blessées (12 par des tirs, deux renversées par des blindés). Leurs noms sont aujourd’hui gravés sur un monument aux morts de cette journée sanglante, ce dimanche qui a vu la fin d’un conflit ouvert devenu celui de l’ombre et du terrorisme.

Une large majorité des victimes a d’abord été blessée par balles avant d’être achevée…

Jackie Duddy, 17 ans
Patrick Joseph Doherty, 31 ans
Bernard McGuigan, 41 ans
Hugh Pious Gilmour, 17 ans
Kevin McElhinney, 17 ans
Michael Gerald Kelly, 17 ans
John Pius Young, 17 ans
William Noel Nash, 19 ans
Michael M. McDaid, 20 ans
James joseph Wray, 22 ans
Gerald Donaghy, 17 ans
Gerald James Mc Kinney, 34 ans
William Anthony McKinney, 27 ans (frère cadet du précédent, tué en tentant d’aider Gerald)
John Johnston, 59 ans (mort quatre mois plus tard des suites de ses blessures)



fresque à l'image des morts...







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